GENERATION FA8 : Bonjour. Tout d’abord serait-il possible que vous vous présentiez à nos lecteurs ne vous connaissant pas encore ? De même pourriez-vous nous décrire rapidement votre parcours politique ?
J’ai rejoint les rangs de la droite nationale en 1993, en adhérant au FN et en y prenant des responsabilités dans les Yvelines et au FNJ (SD). En 1998, comme tous les militants frontistes, j’ai dû faire un choix et j’ai suivi Mégret dans la création du MNR. À l’époque, j’ai été séduit par sa volonté affichée de désenclavement de la famille nationale. Malgré les échecs, je suis resté fidèle au MNR en étant candidat à la plupart des élections, notamment les élections municipales en étant élu conseiller municipal en 2001 et réélu – de justesse ! – en 2008. J’ai fait partie de l’équipe dirigeante du MNR depuis 2002 et en ai été le secrétaire général jusqu’à sa dislocation en septembre dernier.
Fin 2006, lorsque Jean-Marie Le Pen a tendu la main et proposé l’ « union patriotique », je me suis immédiatement investi dans ce combat. Malheureusement, Mégret n’y a vu qu’un moyen d’être remis personnellement en selle ce qui a rapidement bloqué le processus de rassemblement. À ce moment-là, avec la plupart des cadres actifs du MNR, nous nous sommes opposés à lui et avons poursuivi dans la voie de l’unité en établissant des liens durables avec le Front national pour mettre fin le plus rapidement possible à la division de notre famille politique.
GENERATION FA8 : Vous serait-il possible d’exposer quels sont les objectifs de Convergences nationales ? Les moyens économiques, financiers et humains dont vous disposez ? Convergences nationales est-il un parti politique ? Un groupe de réflexion ? Ou tout simplement une officine qui œuvre à rabattre les militants nationaux et les Français vers le Font National ?
L’objectif de Convergences nationales est simple : participer utilement au rassemblement et au renouveau de la droite nationale en agissant aux côtés du Front national qui est la seule force électorale et médiatique dans notre mouvance.
Convergences nationales s’était fixé comme objectif principal de rassembler les militants et adhérents du MNR qui voulaient en finir avec les divisions stériles et souhaitaient poursuivre le combat politique. Beaucoup d’entre eux ont suivi notre démarche puisque nous comptons plus de 700 adhérents, sur les 1150 qu’avait encore le MNR en septembre 2008. Nos moyens financiers sont modestes et sont constitués uniquement des dons et des cotisations de nos adhérents et soutiens.
Convergences nationales est une organisation politique et non un parti politique. La nuance est importante car nous n’avons pas vocation à nous présenter aux élections sous nos propres couleurs. Nous agissons politiquement et électoralement aux côtés du FN. Nous menons aussi des actions ponctuelles avec d’autres groupes de la mouvance nationale dès lors qu’ils s’inscrivent dans une démarche d’unité et qu’ils ne se complaisent pas dans les querelles stériles.
Nous ne cherchons pas à faire du rabattage au profit du FN encore qu’il n’y aurait là rien de condamnable ! À titre individuel, certains adhérents de Convergences nationales prennent ou reprennent leurs cartes du FN. C’est une démarche qui n’est pas incohérente et qui ne pose aucune difficulté. Cela ne nous empêche pas de conserver notre liberté de parole et d’action tout en agissant loyalement aux côtés du FN.
Par exemple, nous menons campagne avec le FN pour les élections européennes de juin prochain et sommes d’ailleurs présents sur leurs listes (Jean-Yves Waquet sur la liste du sud-est conduite par Jean-Marie Le Pen, Roger Cuculière sur la liste d’Ile-de-France conduite par Jean-Michel Dubois et moi même sur celle conduite par Marine dans le Nord-ouest).
GENERATION FA8 : Plus de 10 ans après la scission, reconnaissez-vous vous être trompé sur : votre départ du Front National pour former un nouveau mouvement ? Sur la personnalité de Mégret, qui selon nous ne disposait pas des qualités requises pour être le numéro 1 (d’ailleurs comment avez-vous pu croire qu’il puisse être le chef ?) ? Sur le Front National en général et plus particulièrement sur Jean-Marie LE PEN ?
Beaucoup se sont trompé à l’époque mais évitons les amalgames : aucun des membres de l’équipe dirigeante de Convergences nationales ne faisait partie des initiateurs de la scission. Ceux-là ont très vite quitté le MNR abandonnant assez lâchement les cadres et les militants qui les avaient suivi…
Il est évident que Bruno Mégret ne disposait pas des qualités nécessaires pour être n°1 même s’il en avait d’autres qui se sont longtemps exprimées au sein du FN. Ceci dit, beaucoup des questions politiques, stratégiques et organisationnelles soulevées en 1998 étaient pertinentes mais n’étaient pas posées au bon moment, ni de la bonne manière, ni par la bonne personne…
Jean-Marie Le Pen est un modèle de longévité et d’efficacité politique. Avec le recul, force est de constater que son parcours a été hors du commun. Il se prépare aujourd’hui à transmettre le flambeau et il organise sa succession. Certaines des critiques formulées contre lui à ce sujet se révèlent donc sans fondement.
GENERATION FA8 : Après avoir été parmi les diviseurs en portant donc pour certains, une lourde responsabilité sur la situation actuelle du Front National – vous misez aujourd’hui sur le rassemblement . Où est la cohérence dans tout cela ? Comprenez-vous que certains acteurs et observateurs politiques aient du mal à vous suivre ? Que répondez-vous à celles et ceux qui disent : il a trahi une fois, il trahira en d’autres occasions donc cela ne sert à rien de travailler avec lui car il vous plantera un couteau dans le dos tôt ou tard ?
J’insiste sur le fait qu’aucun membre de l’équipe dirigeante de Convergences nationales n’a eu un rôle actif dans la scission. Certains d’entre nous n’ont d’ailleurs jamais été au FN comme par exemple l’Amiral Jean-Yves Waquet, notre responsable régional PACA, ou encore Me Serge Rep. La scission de 1998 était une lourde erreur politique qui a coûté très cher à notre combat et c’est pour cette raison que nous faisons tout notre possible depuis maintenant 3 ans pour mettre fin à la division.
À ceux qui brandissent en permanence cet argument de la « trahison », je rappelle quand même que nous avons assumé totalement nos choix en restant fidèle au MNR et en poursuivant ainsi le combat politique pendant dix ans avec des moyens dérisoires et dans une situation très difficile. Certains diront que c’était de l’aveuglement. C’est possible, mais c’est aussi une preuve d’abnégation et de solidité. Enfin, ceux qui donnent des leçons de fidélité ne sont pas toujours les plus irréprochables…
GENERATION FA8 : Quelles méthodes concrètes et pratiques prônez-vous pour prendre et donc arriver au pouvoir ?
Actuellement, il n’y a qu’un seul moyen de parvenir concrètement au pouvoir, c’est de mener et de gagner le combat politique qui passe par l’action électorale. Il y a aussi bien sûr un travail de fond, culturel mais aussi moral et spirituel à effectuer dans notre pays, en complément de l’action politique.
Le combat politique, même quand il n’aboutit pas immédiatement à l’exercice de responsabilités, permet cependant de diffuser nos idées à très grande échelle auprès de nos compatriotes et de participer ainsi à une véritable prise de conscience de l’opinion publique.
J’ajoute que, dès lors qu’on s’investit dans le combat électoral, il faut évidemment en accepter toutes les règles et les contraintes. Cela exige aujourd’hui un effort constant s’agissant de la forme et de l’image, sans d’ailleurs que cela ne remette en cause la force des convictions. Il y a aussi une exigence de professionnalisme et de parfaite maitrise des méthodes modernes de communication.
GENERATION FA8 : Marine Le Pen a-t-elle selon vous les qualités requises pour prendre la tête du Front National ? Pour conduire ce même parti lors d’une prochaine élection présidentielle ? Pour diriger la France ?
Depuis son émergence politique et médiatique à partir de 2002, Marine Le Pen a manifesté un certain nombre des qualités qui la rendent légitime pour briguer de hautes responsabilités politiques. Jean-Marie Le Pen a annoncé qu’il ne serait pas, sauf cas exceptionnel (comme par exemple une élection anticipée), candidat à la prochaine élection présidentielle.
Dès lors, je pense que Marine Le Pen est la seule qui sera réellement en situation de porter les couleurs des patriotes en 2012 car une élection présidentielle ne s’improvise pas. Pour espérer un résultat significatif, il faut un candidat ayant une notoriété importante, des moyens et un appareil politique, un accès aux médias, la capacité à obtenir les 500 parrainages nécessaires et qu’il soit identifié par le grand public (et pas seulement par des cadres ou des militants) comme un candidat de rassemblement. Il me semblerait logique que le futur président du FN soit aussi son candidat à l’élection présidentielle. Selon le calendrier défini, ce sera aux adhérents du FN de choisir.
Les clivages liés à la succession annoncée de Jean-Marie Le Pen ne doivent pas être des occasions de divisions et de ruptures. Notre famille politique aurait beaucoup à gagner en se montrant capable de mener en son sein des débats sereins sur les questions de fond mais aussi sur les enjeux stratégiques et les choix de personnes.
GENERATION FA8 : Nous considérons la République et tout ce qui l’accompagne : démocratie, suffrage universel, Droits de l’Homme, comme l’anti-France. Est-ce également votre cas ?
Je me méfie de ce genre de condamnations définitives… De quelle République parlons-nous : de celle de Platon ou de la Terreur de 1789 ? De même, je me reconnais très largement dans les principes énoncés dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Nos adversaires tentent de galvauder ces principes et de les utiliser contre l’identité des peuples et la souveraineté des nations. Ne tombons pas dans le piège qu’ils nous tendent !
Comme le disait Churchill, « la démocratie est un mauvais régime, mais je n’en connais pas de meilleur ». C’est une bonne réponse à la question que vous posez. Existe-t-il un autre cadre pour agir efficacement au service de nos idées ? Ceux qui l’affirment se retrouvent souvent à végéter rapidement dans le néant et dans l’indifférence générale… C’est une posture de confort et de renoncement. Il est évidemment plus difficile et plus exigeant d’agir en tenant compte des réalités institutionnelles et politiques que de prétendre mener un combat « anti-système » qui finit toujours en discussion de salon…
GENERATION FA8 : Dans votre optique de rapprochement des différents courants, hommes, partis, mouvements, qui luttent pour défendre la France, considérez-vous l’arrivée d’Alain Soral dans le « camp national » ou dans la « droite nationale » comme un renfort ? Ou estimez-vous qu’il n’a pas sa place dans le « grande famille nationale » ? Mêmes questions pour Dieudonné ?
Je n’ai ni autorité ni légitimité pour décerner des brevets de patriotisme et dire qui a ou n’a pas sa place au sein de la droite nationale. Mais il est évident que le rassemblement doit se faire sur la base d’un certain nombre de valeurs et d’idées essentielles, tout en acceptant les nuances de sensibilités. Pour agir dans l’unité, il faut aussi accepter les règles élémentaires de la vie en société et, dans un mouvement politique, il faut un minimum de discipline et de respect des choix de la hiérarchie.
Certaines des idées et analyses d’Alain Soral me semblent intéressantes mais le combat communautariste dans lequel il est engagé (liste « anti-sioniste aux européennes, lutte pro-palestinienne, etc.) se révèle fondamentalement contraire à la défense de l’unité et de l’identité nationale. Soral en a d’ailleurs tiré les conséquences puisqu’il a quitté le FN et qu’il se présente contre le FN aux européennes.
GENERATION FA8 : Depuis le début de l’année 2009, le Saint-Père BENOIT XVI est victime de calomnies, d’attaques et d’insultes gratuites et mesquines. Le déferlement d’horreurs à pris des proportions considérables ces dernières semaines. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Ils reprochent à Benoit XVI d’affirmer sans concession la doctrine catholique et d’intervenir au nom de l’Eglise sur tous les sujets essentiels. Ils sont d’autant plus hargneux et agressifs qu’ils n’ont aucune prise sur ce pape exemplaire de constance, de rigueur mais aussi de charité. Benoît XVI fait entendre la voix de l’Église dans un monde baignée par le matérialisme et l’égoïsme érigés en principes. Son discours de Ratisbonne par exemple, était remarquablement clairvoyant et équilibré sur la nature profonde de l’islam. Les aboiements et les vociférations n’empêchent pas la papamobile de passer…
GENERATION FA8 : Quel est le personnage historique qui est votre modèle ? Quel fut pour vous le meilleur chef qui dirigea la France ? Quel a été le pire chef que la France ait eu à sa tête ?
La réponse sera forcément un peu réductrice. Pour le meilleur, je dirai Clovis, qui a posé les fondements de l’unité française et de l’identité spirituelle de notre pays. Jeanne d’Arc aussi bien sûr, bien qu’elle fut davantage un chef de guerre qu’un chef politique. Le pire a sans doute été atteint par Robespierre alliant l’infamie, la brutalité et le ridicule.
Propos recueillis en mai 2009.
Les réponses n’engagent que leurs auteurs et non notre organisation.
Nos entretiens peuvent être repris en citant la source.