Nous recevons cette semaine Emmanuel Ratier, éditeur, entre autres, de la lettre d’information Faits & Documents, référence incontournable dans les milieux intellectuels et politiques de la droite nationale. Nous recommandons à nos lecteurs de s’abonner à la lettre Faits et Documents. Il est aussi patron d'émission à Radio Courtoisie et directeur de la librairie Facta.
Nous le remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions.
GENERATION FA8 : Bonjour. Serait-il possible que vous vous présentiez à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?
Je suis Normand, 52 ans, diplômé du Centre de formation des journalistes de Paris et de Sciences-Po. J'ai milité à partir de 1973, juste après la dissolution d'Ordre nouveau (Faire Face, Faire Front, Front de la jeunesse, Parti des Forces nouvelles, Gud). A Sciences-Po, j'ai été élu au conseil de direction au titre de l'Union des étudiants des droites, le rassemblement des divers mouvements nationalistes. Professionnellement, j'ai été journaliste au Figaro-Magazine, à Valeurs actuelles, à Magazine Hebdo, avant de devenir, à 26 ans, rédacteur en chef de Minute. Par la suite, j'ai collaboré à divers titres tout en rédigeant l'essentiel de La Lettre de Magazine Hebdo, avant de lancer Faits & Documents (BP 254-09, 75424 Paris cedex 09), en 1996. S'y sont greffés une petite maison d'éditions au même nom, où j'édite surtout mes livres, mais pas seulement, et une librairie associée, la Librairie Facta (4, rue de Clichy, 75009 paris), qui est spécialisée dans les livres d'occasion. Je collabore chaque vendredi au bulletin de ré-information de Radio Courtoisie et j'y anime une émission politique toutes les quatre semaines.
GENERATION FA8 : Dans le combat politique mené par notre camp, au sens large et convenu du terme, l’information se trouve être une donnée importante. Avons-nous la force de rivaliser face aux médias et aux moyens énormes déployés par le système qui abreuve quotidiennement et constamment nos compatriotes avec son immonde propagande ?
Par rapport aux années 1970, pour ne pas remonter à l'avant-guerre, la situation était beaucoup plus facile pour les journalistes de droite. Aujourd'hui, la situation est complètement bouchée. Il faut en permanence se dissimuler pour ne pas être repéré dans les rédactions, pour l'essentiel de gauche et surtout d'extrême gauche. Ce qui m'a conduit à devenir indépendant. Je crois que le seul espace de liberté qui demeure pour l'information est Internet, où des individualités brillantes ont vraiment réussi à créer du "buzz" et à concurrencer les grands médias (je pense à François Desouche). Pour l'heure, en Ile-de-France, le principal média demeure Radio Courtoisie, qui doit avoir environ 250 à 300 000 auditeurs. La différence par rapport aux autres radios, c'est qu'ils écoutent énormément cette radio. Un vrai succès. On pourrait dire que c'est le pendant non-politiquement correct de France Culture, évidemment sans les moyens financiers puisqu'il n'y a que des bénévoles, hormis les techniciens.
GENERATION FA8 : Comment se porte la lettre d’information Faits et Documents ? Avec la crise de la presse, avez-vous perdu des lecteurs ? Ou, au contraire, au vu de votre spécialisation, avez-vous augmenté votre lectorat ?
Faits & Documents paraît depuis 14 ans. c'est un véritable exploit car je réalise totalement seul cette lettre d'informations confidentielles. Un véritable esclavage qui oblige à être constamment en alerte. Je donne tous les quinze jours nombre d'informations exclusives, grâce à un réseau d'informateurs et parfois grâce à mes abonnés. La meilleure période pour moi, mais aussi pour la presse nationaliste, se situe en 1997-1998, quand le tandem Le Pen-Mégret était réellement en train de percer dans tous les milieux. La division et les crises successives m'ont handicapé de manière marginale, mais ont surtout interdit tout développement alors même que nombre d'abonnés me félicitent pour la qualité du contenu. Sans parler du pillage des supposés " confrères". C'est assez frustrant.
GENERATION FA8 : Le maintien d’une presse papier est-il nécessaire avec l’arrivée du net ? A terme, les livres ne disparaîtront-ils pas à cause du tout numérique ?
J'ai abandonné Internet, car Internet est le royaume, en tout cas pour le moment, de la totale gratuité. Or, je dois bien me rémunérer un minimum, n'ayant aucune autre collaboration aujourd'hui. Malgré des campagnes de prospection et une lettre mensuelle (totalement différente de celle papier), je n'ai pratiquement récupéré aucun abonné. Ce qui fait, que, faute de temps, j'ai dû me résoudre à quitter Internet, même si c'est un instrument que j'utilise en permanence. Bref, on peut faire mieux connaître ses idées par Internet ou diffuser de l'information, mais nous n'en sommes pas arrivés au moment où Internet rapportera quelques chose financièrement en matière d'informations (ce qui est très différent dans d'autres domaines comme les bases de données juridiques ou médicales). Je ne crois pas du tout à la disparition du livre. La durée de vie des informations sur Internet est de trois semaines, les supports changent (cassettes, bandes, disquette, CD, DVD de différentes tailles, rien qu'en vingt années à peine), nombre de données sont perdues. Le papier, lui, a une durée de vie beaucoup plus longue. Et lire un e-book est parfaitement ennuyeux.
GENERATION FA8 : Vous arrivez toujours à présenter à vos lecteurs des informations de première importance, sur des personnalités de premier plan ou non. Comment faites-vous ? De même, avez-vous déjà été traîné devant les tribunaux, pour diffamation ou quelque chose s’en rapprochant, par des individus dont vous aviez dressé le portrait dans votre lettre d’information ? Faites-vous l’objet de menaces ?
Je m'appuie sur une documentation biographique sans égal en France, en tout cas à droite, constituée en une trentaine d'années. Je lis tous les quotidiens nationaux, la plupart des magazines et une foultitude de bulletins, revues spécialisées, livres, etc. Mes abonnés m'envoient des articles de la presse de province. Je n'écris quelque chose que quand je suis en mesure de le prouver. Ce qui fait que je n'ai jamais eu aucun procès et pratiquement aucun droit de réponse. Si j'écris que quelqu'un est franc-maçon, c'est que j'ai une référence, un document. A la différence d'autres qui sont condamnés faute de documentation.
GENERATION FA8 : Selon vous, un homme politique peut-il être affilié à la Franc maçonnerie tout en oeuvrant pour le bien commun et l’intérêt supérieur de la France ? A votre avis, est-ce ou non contradictoire ?
Il y a à boire et à manger dans la franc-maçonnerie, comme dans nombre d'autres réseaux (communautaires, professionnels, etc.). Il est très facile de vérifier que le vote à l'Assemblée n'est pas automatique (c'était différent au XIXe siècle) en raison de l'appartenance aux loges. Sinon, nombre de projets de loi ne passeraient pas puisqu'il y a des dizaines de députés UMP francs-maçons. Plus globalement, j'ai consacré un gros ouvrage au club qui m'apparaît être le principal centre de décisions français, c'est-à-dire Le Siècle. On y trouve la fine fleur de la presse, de la politique, des finances, des banquiers, des militaires. Le tout avec environ 550 à 600 personnes. Il ne s'y trame pas des complots, personne n'a de cagoule mais il s'agit d'un efficace et impitoyable réseau, qui se reproduit largement par endogamie. Depuis 1945, il y a toujours eu au moins la moitié de chaque gouvernement et souvent les Premiers ministres. On y trouve environ 15% de frères, ce qui n'est pas énorme et montre que la franc-maçonnerie n'est pas la voie assurée ou nécessaire du succès à très haut niveau. La FM est plus efficace à niveau moyen (commissaires de police, intendants dans l'enseignement, économes d'hôpitaux, etc.). La FM est également plus influente en province, car avec une cinquantaine de personnes décidées, vous contrôlez une ville moyenne. Pour terminer, la quasi-totalité des hommes politiques agissent exclusivement à court terme et ne peuvent donc oeuvrer réellement au bien commun. Aucune réflexion réelle, avec des mesures adéquates, n'a été conduite depuis des décennies sur des questions aussi cruciales que la démographie ou l'immigration.
GENERATION FA8 : Connaissez-vous les travaux de l’abbé Barruel sur la franc-maçonnerie ? Si oui, qu’en pensez-vous ? Ce genre d’ouvrages, comme ceux de Coston, n’apparaissent-ils pas comme trop datés ou restent-ils malgré tout d’actualité ?
Bien sûr, je les connais, je les ai lus et je les détiens. Sur la franc-maçonnerie, je dois avoir environ un millier de livres et des milliers de revues internes. Ils donnent une bonne idée des objectifs poursuivis dans le secret par la franc-maçonnerie. Ces objectifs ont évidemment évolué dans le temps, car les idéaux de la société française ont également changé. En fait, mais on ne peut faire des généralités applicables à toutes les obédiences, elles sont largement dépassées et vieillissantes. C'est quand même très paradoxal de voir le Grand Orient de France se prétendre progressiste et d'être en même temps l'un des très rares lieux où les femmes n'ont pas droit de cité. J'aimerai bien avoir l'avis de la Halde sur la question... Ces livres sont évidemment historiques (Barruel, c'est la révolution française) mais ils donnent une bonne idée des techniques et des menées souterraines, qu'on ne décrit plus aujourd'hui. Il faut dire que l'échelle a changé. Le pouvoir s'est concentré dans des groupes comme le Forum économique de Davos, la Commission trilatérale ou le Groupe de Bilderberg. Henry Coston demeure un maître pour moi. C'était mon témoin de mariage. A la fin de sa vie, il m'a désigné, dans plusieurs entretiens comme son successeur spirituel. Je suis très fier de cette marque d'amitié. La quantité de travail qu'il a fournie est incroyable. Il a publié des milliers de plaquettes, d'articles de revue et de livres. Ses livres, déjà datés bien évidemment, demeurent une très bonne base, comme ceux de mon ami Yann Moncomble et de quelques autres.
GENERATION FA8 : Beaucoup racontent qu’avec la mondialisation, l’arrivée de l’internet et des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’accès à l’information est beaucoup plus aisé. Est-ce votre avis ? Certains pensentqu’internet peut être le média de résistance de demain. Qu’en pensez-vous ?
Internet, c'est comme une bibliothèque sans gardiens. Une bibliothèque de Babel. Mais pour trouver dans une bibliothèque, il faut savoir chercher. Si vous ne saviez pas chercher avant, vous n'en saurez pas plus avec Internet. Par ailleurs, Internet, en tout cas dans le domaine français, donne un vernis de connaissance mais pas une vraie connaissance. Vous ne trouverez pas, par exemple, sur Wikipedia, une biographie qui vaille l'une de celles que je publie dans Faits & Documents. C'est tout aussi imprécis quand vous voulez visiter une ville. Vous trouverez sur Internet les heures d'ouverture des musées ou les restaurants, mais vous devrez avoir un guide touristique et un guide gastronomique pour bien visiter et bien déjeuner. Il est en de même en histoire. Vous ne trouverez jamais une biographie de 500 pages sur un personnage. Il faut un livre pour cela. Sur Internet, vous trouvez seulement de quoi faire un exposé. Le deuxième handicap d'Internet, c'est sa richesse. On passe un temps fou à faire le tri, y compris sur Google, où les derniers liens sont souvent ceux où on trouve les détails les plus intéressants. Hormis certaines thèses en ligne ou certains sites très spécialisés (comme celui consacré à Denoël), Internet est imprécis et relativement faible en informations. Internet, c'est et ce sera le paradis de la vidéo.
Propos recueillis en novembre 2009
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